★★★★ En 2022, Marie-Hélène Voyer a remporté deux Prix des libraires pour son recueil de poésie Mouron des champs et son essai L’habitude des ruines. On attendait avec impatience son prochain titre. Pour l’occasion, elle revêt les habits de cinq ouvrières dont les complaintes témoignent d’un siècle de labeur, d’exploitation et de négligence patronale. L’autrice a grandi "avec la certitude qu’il était normal de laisser sa peau au travail", et la voici qui cherche "ces voix que le temps échappe dans son sillage", écrivant "dans l’embrouillé de la mémoire". Sa verve, tout à la fois directe, minérale et joueuse, sort de l’anonymat ces femmes oubliées, dévorées par l’impitoyable marche d’un capitalisme industriel brutal et sans pitié. Plus que simples témoignages, ni fatalistes ni pamphlétaires, ses poèmes culminent sur une tirade jubilatoire qui, des décennies après Gaston Miron, libère le Damned Canuck : "ô grands patrons d’en haut […] crevez trois fois et recrevez encore, nous livrerons à la vermine et aux chiennes maigres vos viandes grasses, vos chairs infectes". Une autre œuvre qui fera mémoire.
Yannick Marcoux, Le Devoir
La critique
À travers ses cinq "chants ouvriers", elle tricote des récits et des personnages historiques à la langue colorée d’une autre époque. Des mots inventifs qui étaient utilisés pour décrire la réalité d’un autre siècle. "C’est fondamental pour moi d’encapsuler le langage, le lexique, les mots du monde d’où je viens. […] Je dis souvent que, ma première poésie, ça a été le langage des vieux avec qui j’habitais", partage-t-elle, un sourire en coin. Bien que l’écrivaine puise dans son enfance pour retrouver les souvenirs de cette oralité, elle n’est pas nostalgique face à celle-ci. À l’instar de son devoir de mémoire envers les histoires oubliées, elle prend soin des paroles qui s’effacent doucement sur la ligne du temps. "Ce sont des mots que j’aime, que je trouve magnifiques et que je n’ai pas envie de voir disparaître. […] Je pense qu’il y a une véritable poésie, une inventivité populaire dans le langage qu’il faut sauver et rapatrier du côté de la littérature", propose celle qui a remporté un doublé aux Prix des libraires en 2023.
Léa Harvey, Le Soleil
L’entrevue
Le projet littéraire de Marie-Hélène Voyer m’a bouleversé : mettre en lumière les oubliées, "ces généalogies de femmes invisibles qui nous ont fait naître". Les ouvrières qui sortent chantantes des usines au couchant du soleil, qui se désespèrent d’"une vie d’factrie", comme disait Clémence. Les petites mains, les besogneuses, les vieillies d’avance, les malgracieuses, les allumettières empoisonnées par les vapeurs de phosphore, mais aussi certains hommes : des travailleurs dans les mines d’amiante qui ignoraient tout de l’amiantose. Voyer : "aucun canari / pour souffler dans le noir / de nos cages à respirs".
Simon Boulerice, Magazine VÉRO
La critique
Honnêtement, Précieux sang est un livre exceptionnel. Cette poésie, à la fois accessible et dénonciatrice des injustices passées qui résonnent encore aujourd’hui, se taillera certainement une place de choix parmi les honneurs. Marie-Hélène Voyer démontre une fois de plus son immense savoir-faire avec une sensibilité unique.
Patrice Sirois, Page par page
La critique
Marie-Hélène Voyer trempe sa plume dans le sang des ouvrières canadiennes du début du XXème siècle, début de l'ère des hommes et des femmes à tout faire, fourmis ouvrières venues pour survivre, à fabriquer armes, horloges, allumettes, charger l'amiante, dépecer les bêtes. Il en fallait pour nourrir l'immense bête goulue industrielle, à s'en arracher la tête, les dents, la main, la gorge, pour 8 pièces à 54 heures/semaine, au mieux. L'écriture poétique de Marie-Hélène Voyer est d'une précision et d'une puissance rare. […] Inoubliable!
Fanny Nowak
On avait très hâte de retrouver la plume de Marie-Hélène Voyer. La poète et enseignante de littérature a d’ailleurs réussi un doublé aux Prix des libraires, en 2023, avec le recueil "Mouron des champs" et son essai "L’habitude des ruines". Cet automne, elle combine poésie et essai dans le même ouvrage. En prêtant tout d’abord sa voix à cinq ouvrières, "allumettière défigurée, femme explosive des usines d’armement, gobeuse d’amiante, besogneuse d’abattoir et couturière d’atelier de misère", puis en examinant la "discipline paysanne des corps" qui ont bercé son enfance et qui habitent aujourd’hui son écriture.
Léa Harvey, Le Soleil
La critique
C'est un livre qui nous éclaire et qui nous surprend!
L’Avaleur De Livres
La critique
Des chants, des pleurs, des ruses, des rires, une écriture loin des mythes et du misérabilisme que pourraient susciter les vies de ces femmes besogneuses maltraitées puis oubliées de l'Histoire, où le pouvoir des mots d'une écrivaine, poétesse, essayiste raconteuse d'histoires. Le grand retour de l'autrice québécoise Marie-Hélène Voyer que l'on chérit tant au Monte-en-l'air.
Aurélie Garreau
Marie-Hélène Voyer de passage à Info-Réveil sur ICI Est du Québec pour parler de PRÉCIEUX SANG
Info-Réveil sur ICI Est du Québec
L’entrevue
Marie-Hélène Voyer en conversation avec Émilie Perreault. Un échange de 30 minutes à Il restera toujours la culture.
Émilie Perreault, Il restera toujours la culture, ICI Première
L’entrevue
Marie-Hélène Voyer prend la langue à bras-le-corps. Elle tord les mots comme on tord les corps dans l’usine, cadence de pas, cadence de vapeur, cadence de chants. La syntaxe haletante, cassée, martelée. [...] Une mémoire ici surtout portée par les femmes : poumons, mains, visages marqués, mais debout, vaillantes, pour porter les voix de tou·te·s. La langue est magique : chaque mot tombe juste, chaque torsion syntaxique dit la dureté besogneuse des travaux abîmants. Précieux sang devient un chant, une archive sensible, pour celles et ceux broyés dans l’histoire industrielle et capitalistique. Et comme souvent, La Peuplade, maison d'édition précieuse, touche juste. Sa poésie a ce pouvoir rare : séduire par la rigueur et l’embrasement. Dire les corps. Dire les vies. Pour qu’elles ne disparaissent pas.
Jen Hendrycks
Ce recueil poignant, comme avant lui Mouron des champs (2022), sort du silence des femmes qui ont été reléguées aux marges de l’histoire. Elles sont ici ouvrières, usées à mort par le travail dur et dangereux en usine — où les hommes, leurs supérieurs, incarnent aussi une menace. La poète endosse de façon remarquable l’identité de ses cinq narratrices, qui racontent dans une langue vigoureuse leurs souffrances, leur solidarité et leur colère exutoire.
Geneviève Tremblay, L'Actualité
La critique
Trois ans après MOURON DES CHAMPS, Marie-Hélène Voyer récidive avec un recueil de poésie où les femmes sont à l’honneur. Elle met ici en lumière les occultées de l’histoire, les filles d’usine qui se tuent au travail et qui rêvent d’un suspens/d’une saison morte/où déposer leurs têtes. Ces travailleuses fatiguées, allumettières atteintes de nécrose maxillaire et couturières de manufacture, y retrouvent leur nom et leur voix, même si l’histoire en a fait des papillons de nuit sacrifiés/à l’incandescente lumière/du progrès. Dans PRÉCIEUX SANG, elles en [ont] fini de [se] taire, cachent des pamphlets de syndicalisation sous une poignée de Kotex, se permettent finalement de rêver d’un corps qui [leur] appartiendrait enfin.
Julie Tremblay, ICI Bas-Saint-Laurent
La critique
PRÉCIEUX SANG offre une mémoire redonnée aux mains des oubliées et ébranle par sa justesse.
Audrey-Anne Blais, La Presse
La critique
Il existe sans aucun doute plusieurs manières d'écrire de la poésie industrielle. Il y a celle qui exprime l'ébahissement devant les machines colossales, la puissance et la précision de leur mouvement, le grondement sourd, un tonnerre de main d'homme. Un émerveillement un peu inquiet, non sans ambiguïté, devant le génie humain. Mais ce génie est un pacte faustien. Mais il y aussi la poésie des faibles, des petites mains, celles qui ont fait tourner, qui font encore tourner ces mêmes machines. La poésie industrielle de Marie Hélène Voyer met en mots les peines quotidiennes des femmes de cinq métiers industriels au Québec depuis le début du XXe siècle. Un travail toujours difficile, dur, violent. Un travail nécessaire pour vivre mais qui tue aussi bien qu’il nourrit. Sa plume est vive, alerte, parfois d’une grande violence lorsque soudain ces femmes haussent la voix pour hurler leur colère contre les hommes qui les exploitent, contre ce système qui fait d’elles des rouages. Il y a une émotion brute, intense, dans ces pages musicales, que l’on a envie de chanter pour mieux sentir la tension des mots et des silences.
Quentin, Librairie La maison des feuilles
La critique
L’Oreille tendue avait lu trois livres de Marie-Hélène Voyer : Expo habitat (2018), l’Habitude des ruines (2021) et Mouron des champs (2022). Elle les a souvent cités ici et elle a même rendu compte du deuxième là. En un mot comme en cent : elle les a tous fort appréciés. Elle vient d’en lire un quatrième, Précieux sang. Ce sera encore une lecture marquante.
L'oreille tendue
La critique
Je viens de terminer ma lecture de "Précieux sang" de Marie-Hélène Voyer et j’avoue que je n’avais pas été aussi profondément bouleversé par un livre de poésie depuis un moment. Voyer imagine des voix d’ouvrières maltraitées, de femmes martyrisées et de guerrières brutalisées par le capitalisme et c’est franchement impressionnant.
Jonathan Charette
Je me précipite sur ses livres, L’habitude des ruines (essai) ou Mouron des champs (poésie). Avec ce troisième recueil de poésie, Marie-Hélène Voyer nous fait vaciller, perdre pied. La vie des femmes de labeur, des ouvrières comme ma grand-mère gaspésienne, couturière dans la fourrure, celles qui travaillaient dans les usines d’armement ou dans les manufactures, les deux yeux fermés ben dur, sont ici remémorées. "Recluses dans la rengaine noire des usines, gainées dans vos robes de carême, encabanées dans vos taudis, vous étiez femmes manœuvrables, femmes corvéables, femmes de soifs et de brûlures, femmes de pisses retenues et d’horizons confisqués." C’est beau et douloureux à la fois, car elle se souvient dans un pays où l’on oublie presque tout.
Josée Blanchette, Le Devoir
La critique
Recueil nécessaire, celui de Marie-Hélène Voyer. Un effort remarquable de conscientisation, de sensibilisation et un témoignage qui échappe aux carcans du temps et de l’histoire. Un ouvrage qui démontre que nous sommes les mailles d’un immense tricot et que l’assujettissement d’un homme ou d’une femme par d’autres, peu importe l’endroit de la planète, nous touche tous.
Yvon Paré, Littérature du Québec
La critique
Cette épopée historique, porteuse d’une contemporanéité troublante [...] est admirablement servie par la foudroyance poétique de l’écriture de Voyer.
Laurence Olivier, Lettres québécoises
Marie-Hélène Voyer écrit comme on transmet quelque chose de vital. Sans ardeur inutile. Sans complaisance. Sans chercher à attendrir. Elle regarde droit. Et ce regard-là, justement, elle nous apprend à le former. L’ouvrage s’ouvre sur deux courts poèmes. Deux inspirations avant l’effort. Puis arrive Tendre la langue. Et déjà, quelque chose se place: l’enfance, le regard, les échanges entre soi et le monde. L’autrice raconte comment, petite, elle regardait le monde à travers les rideaux de dentelle. Filtrer la réalité. L’adoucir peut-être. Ou la rendre plus supportable.
Nancy Boulay, Bible urbaine
La critique